Bertrand Tavernier

« Le cinéma m’a aidé à trouver une place dans l’existence »

Cher Bertrand

C’est avec tristesse que j’apprends que tu nous as quittés. Je t’ai découvert avec L’horloger de Saint Paul, en 1974. J’avais 18 ans.

Tu voulais venir près d’Arles juste avant le confinement du mois d’octobre 2020 et tu m’avais sollicité pour t’installer du matériel vidéo, afin que tu puisses continuer à travailler. L’aggravation de la pandémie a modifié ton planning et tu es allé à Sainte Maxime.

Les qualificatifs font pâle figure pour décrire la personne hors norme que tu fus. Un amoureux, un passionné, un pédagogue, une mémoire incroyable qui te permettait de nous narrer une anecdote, vécue 40 ans plus tôt, au cours d’un repas. Un lecteur et une curiosité infatigables. Un amoureux des gens… et des chats. D’ailleurs, ils te le rendaient bien, car dès que tu arrivais chez Françoise et Jean-Paul, ceux-ci venaient se lover contre toi. Tu étais aussi engagé sur des causes sociales et politiques.

Tu nous manques ! Tu nous laisses une collection de livres d’une grande richesse : tous les romans américains que tu as fait traduire et dont tu dirigeais la collection (L’ouest le vrai) chez Actes Sud, ceux dont tu étais l’auteur (Amis américains, entre autres).

Je me souviens de la projection dans notre salle arlésienne de Voyage à travers le cinéma français, que j’avais découvert au festival de Cannes en 2016, où tu reçus une ovation. La salle était comble et nous avons dû organiser au pied levé une projection le lendemain matin, 11 novembre, jour férié. Sans publicité, la salle fut remplie. Un film de 3h20 qui parle du cinéma de patrimoine et qui arrive à faire déplacer autant de spectateurs, il fallait ton talent et ta passion pour séduire le public, et l’embarquer avec autant d’enthousiasme.

L’institut Lumière, dont tu étais le président, est triste ce soir. Heureusement, la lumière que tu as apportée à travers tes 34 films continuera à briller dans nos cœurs.

Au revoir l’Ami lyonnais.